Barthélémy buteur d'Angers
De notre envoyé spécial Christian VELLA
ANGERS b. NANCY : 3-1 (1-1). - Température idéale, terrain sec et bosselé. Arbitrage de M. Vigliani. Buts pour Angers : Barthélémy (31e et 59e), Augustin (76e) ; pour Nancy : Platini (9e sur penalty). A la 61e, Chenu a pris la place de Jeannol dans l'équipe de Nancy. Spectateurs : 8.399 pour 113.678 F de recette.
ANGERS. — Un air de rentrée des classes. Le chemin de l'école que l'on reprend un peu avec regret. Mais, quand on rejoint le cours des grands, comme le SCO d'Angers cette année, on fait en sorte de ne pas rater son entrée. Et, malgré la tournure prise rapidement par les événements, on ne peut pas dire que les Angevins n'aient pas rempli leur contrat.
Comme à leur habitude, ils s'attachèrent à confectionner un football précieux, presque délicat, qui a l'avantage de charmer le spectateur. Cela, hélas ! n'est pas toujours suffisant. Surtout lorsqu'on se retrouve nez à nez avec une équipe de Nancy qui sait se montrer irrésistible quand sa jeune classe ( Platini, Rouyer, Rubio) allie la constance et le sérieux à un talent que personne ne lui conteste plus.
Ainsi de la première mi-temps de cette rencontre pimpante comme une belle journée de printemps, où Michel Platini, à la fois cerveau électronique et rampe de lancement, multiplia les longues ouvertures - comme des traits de lumière — en direction de ses partenaires de l'attaque, où Rouyer bénéficiait d'un régime de faveur. Il faut dire que les deux hommes se comprennent bien. Ils ont du football la même conception et, sur un terrain, ils se sentent plus qu'ils ne se voient.
Cela valut à Nancy de mener pendant presque toute la première demi-heure de jeu les raids les plus tranchants d'un combat assez équilibré.
Dès la deuxième minute, Rouyer, alerté par Platini, tira au-dessus. Puis ce fut au tour de Rubio (7e) d'inquiéter Fouché avant qu'une nouvelle ouverture de Platini ne sème la panique dans la défense angevine (9e). Brulez n'eut d'autre ressource que de bousculer Dussier qui, jouant très bien le coup, s'écroula dans la surface. Le penalty sévère sifflé par M. Vigliani fut bien entendu transformé par l'inévitable Platini.
Comme un boxeur ébranlé par un coup décisif, Angers traversa dès lors un dangereux passage à vide, que les attaquants lorrains tentèrent bien d'exploiter. Mais en vain ! Fouché veillait au grain.
Angers égalise
Il fallut attendre le dernier quart d'heure de cette première mi-temps pour voir les joueurs angevins récupérer toute leur vivacité, sous l'impulsion d'un Bernard Lech déjà en très bonne forme. C'est à la suite d'une de ses passes à Edwige (31e), décalé sur la gauche, que Ferri relaya le ballon en direction du jeune Barthélémy, qui signait son entrée dans l'équipe du S.C.O. par un merveilleux coup d'éclat en devançant la sortie de Moutier. C'était l'égalisation, somme toute méritée.
A partir de ce moment-là, et jusqu'au repos, Angers se fit menaçant en plusieurs occasions, notamment par Augustin (36e), Edwige (40e) ou encore Barthélémy, qui aura la lourde tâche, dans cette équipe, de faire oublier Berdoll, mais qui ne désespère pas d'y parvenir. A des qualités de battant, il allie, en effet, un culot assez exceptionnel pour un joueur de son âge (vingt-deux ans).
Pourtant, les Nancéiens avaient décelé au cours de cette première période quelques failles dans cette équipe d'Angers qu'ils sentaient à leur portée. Dès la reprise, on les vit mener de furieuses attaques qui entamaient petit à petit le potentiel défensif du SCO, sans toutefois le détruire complètement.
Dans son style intrépide fait de détermination et de vélocité, Rouyer transperça quelques fois la défense angevine, mais les flèches qu'il décochait avec application étaient tantôt mal exploitées par ses partenaires du centre, tantôt déviées par les défenseurs locaux, qui s'appliquèrent à plus de vigilance.
Et, alors que les Lorrains pensaient le plus pouvoir terrasser leurs adversaires, une rapide conte-attaque (39e) d'Angers, ponctuée par un centre en retrait d'Edwige, trouva le jeune Barthélémy à la réception. De l'extérieur du pied gauche, le nouveau venu de l'équipe d'Angers glissa la balle hors de portée de Moutier.
Barthélémy contenait mal sa joie. Il prenait la foule a témoin. Cette foule d'Angers qu'il venait de conquérir avec deux coups de pied victorieux.
Comme pour donner un coup de fouet à son équipe. Antoine Redin fit entrer son douzième homme (61e), en l'occurrence Chenu, à la place de jeannol.
Mais Angers jouait bien. Les partenaires de Bernard Lech n'étalent pas disposés à laisser échapper un succès qu'ils s'étaient bâti à coup d'énergie et d'intelligence. Chacun tenait bien son rôle.
Edwige et Bernard Lech se démenaient comme deux diables alors que Barthélémy, qu'on prenait maintenant très au sérieux, se déplaçait sur tout le front de l'attaque.
Angers commençait à croire à son étoile. Une fin de match au couteau. On se battait sur toutes les balles. C'est d'ailleurs sur une récupération de Cassan (76e) qu'Augustin, en force, donna un troisième but à son équipe. Dans la minute qui suivit, Barthélémy plaça encore une balle sur le poteau et Moutier dut intervenir dans les pieds d'Augustin avant de s'envoler sur une volée de Cassan (79e).
Nancy répliquait essentiellement par l'intermédiaire de Rouyer et de Platini.
Mais Angers avait mérité son sucsès, un retour en fanfare pour son accession en Division I.
Dans l'équipe d'Angers, où tout le monde tient bien son rôle, il faut souligner Brucato, Lech, Edwige, Cassan pour sa fin de match, et le jeune Barthélémy, véritable révélation.
A Nancy, Moutier n'eut plus rien à se reprocher, de même que Platini. Rouyer et, à un degré moindre, Rubio et Curbelo.
L'homme du week-end
André Barthélémy : un conte de fées
ANGERS (Tony Effling). — S'il est un joueur qui vit un véritable conte de fées dans le football français c'est bien André Barthélémy, nouveau centre avant du SCO.
Né en décembre 1953, à Valence, ce jeune homme de vingt-deux ans parvient à peine à croire ce qui lui arrive.
Encore inconnu de tous les ferveurs du football, il vient de réussir deux très beaux buts contre Nancy dès son premier match en Division I.
En vérité, cela ne serait peut-être pas suffisant pour être pris en considération si Barthélémy n'avait mérité la confiance de son entraîneur Aimé Mignot en réussissant auparavant sept buts en six matches : un contre Bordeaux, deux contre Laval, un contre Rennes en Suisse, deux contre Lucerne et un contre Rennes à La Baule, ce qui témoigne indiscutablement de réels dons de buteurs.
Mais qui est donc ce Barthélémy ? interrogent les supporters du SCO, ravis de la découverte de cet oiseau rare par le club angevin qui cherchait un successeur à Berdoll.
Venu au football à l'âge de onze ans, au FC Valence, dans une région où le rugby est roi, André Barthélémy a la morphologie type du footballeur : 1 m 76 pour 70 kilos. Athlétique, bien planté sur ses jambes, très travailleur, il possède une bonne frappe de balle et un excellent jeu de tête.
Cest Edmond Boulle, son précèdent entraîneur à Montélimar qui l'a définitivement titularisé au poste de centre avant alors que, jusque-là, à Valence, sous la direction de Daniel Duc, puis de Daniel Langrand, il avait joué parfois au milieu de terrain ou comme deuxième avant centre.
Avec un très agréable accent méridional, il déclare se sentir à sa place de prédilection au centre de l'attaque. Il n'a jamais fait le compte des buts qu'il avait signés au cours d'une saison, sinon qu'il avait marqué douze buts pour Montélimar au cours de l'année durant laquelle il n'avait joué qu'une moitié de saison puisqu'il était militaire à Apt, à une centaine de kilomètres.
Ce sont les dirigeants de la Ligue du Lyonnais qui l'ont signalé à l'attention de Mignot, le nouvel entraîneur du SCO qui demanda au président d'Angers, Jean Keller, de le prendre à l'essai lors de la reprise de l'entraînement, le 12 juillet, après avoir eu l'occasion de le voir à l'œuvre durant un stage de moniteurs de football suivi par Barthélémy lors de l'intersaison, à Voiron.
Auparavant, André Barthélémy, remarqué par les responsables du Lyonnais, deux fois selectionné dans cette Ligue dans la formation des moins de vingt-trois ans contre le Nord et l'Ouest.
Inutile de dire que les dirigeants angevins se félicitent d'avoir fait confiance à leur entraîneur, persuades qu'ils sont d'avoir engagé un élément capable de réussir une brillante carrière dans le football professionnel.
Ce qu'il y a d'extraordinaire avec Barthélémy c'est que ce jeune garçon qui n'a évolué jusqu'ici qu'en Division d'Honneur à Montélimar et joué une saison en Troisième Division avec Valence, s'est adapté au jeu de ses nouveaux coéquipiers.
« il faut dire, déclare-t-il, que mes camarades, le capitaine Edwige, Bernard Lech, Augustin, etc. m'ont grandement facilité la tâche. J'ai trouvé au SCO une camaraderie et une ambiance qui font du bien quand on arrive dans un club où l'on ne connait personne. »
Adopté par tous et très vite adapté dans cette collectivité, Barthélémy n'ignore cependant pas, ainsi qu'il nous l'a déclaré, qu'il ne suffit pas de prendre un bon départ mais qu'il faut confirmer les bons débuts pour réussir.
L'oeil vif, intelligent dans un visage ouvert, le cheveu blond, la dernière recrue du SCO est en train de devenir l'un des favoris du public angevin qui l'a follement ovationné contre Nice lorsqu'il a marqué deux très jolis buts.